[Résolution] Position de la Ville de Genève sur les investissements financiers liés à ICE au regard des droits humains
Résolution du 20 mai 2026 de Sara de Maio, Laurence Desarzens, Cyril Alispach, Laurence Corpataux, Uzma Khamis Vannini, Valentin Dujoux, Simon Gaberell, Yasmine Berrada, Brigitte Studer, Alexandre Diogo, Guilhem Kokot, Fabienne Aubry-Conne, Yves Herren et Jérôme Fontana.
Exposé des motifs :
En février et en mai 2026, BreakFree Suisse a publié des rapports révélant les investissements de plusieurs institutions suisses, notamment UBS et la Banque nationale suisse (BNS), dans des sociétés sous-traitantes de la police de l’immigration ICE des Etats-Unis.
Pour rappel, l’opération de contrôle de l’immigration «Metro Surge» lancée à Minneapolis et Saint Paul a fait deux morts, Renee Good et Alex Pretti, et des milliers de personnes arrêtées de manière violente. Ces événements sont appuyés par le rapport 2026 du Human Rights Watch qui confirme que l’administration américaine a organisé des rafles abusives faisant recours à un profilage racial abusif, a détenu des personnes, y compris des mineurs, dans des conditions déplorables, a limité sévèrement le droit d’asile, a arrêté et expulsé sommairement un grand nombre de personnes, parfois vers des Etats dans lesquels leur sécurité n’est pas assurée.
Le 26 mars 2026, le Conseil municipal de la ville de Minneapolis a adopté une résolution demandant aux organismes financiers européens de stopper leurs
investissements en faveur des sous-traitants du département de la sécurité intérieure (DHS) et de la police de l’immigration ICE. Cinq sociétés privées sont notamment visées:
– Palantir et AT&T pour leurs systèmes informatiques et de communication qui
permettent de répertorier et de traquer les personnes ciblées;
– Geo Group et CoreCivic, principaux opérateurs de centres de détention;
– CACI International, spécialiste de sécurité militaire privée et de technologie de
l’information, déjà condamnée pour torture en Irak.
La résolution adoptée par Minneapolis fait directement référence au travail de
recherche et de plaidoyer du collectif BreakFree Suisse. Celui-ci révèle que diverses
institutions financières suisses, dont la BNS, UBS, Lombard Odier, Zurich Assurance, Swiss Life ou encore la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) détiennent des parts dans ces sociétés: «UBS détient environ 5,83 milliards dans Palantir, AT&T, Geo Group, CoreCivic et CACI International. La BNS totalise un investissement de 1,61 milliard dans le même groupe d’entreprises (à l’exception de CoreCivic dont elle a désinvesti au premier trimestre 2025).» UBS a augmenté ses investissements auprès des prestataires de ICE et est devenu en mars 2026 le troisième actionnaire de Geo Group.
Par ces investissements, la BNS et les banques privées soutiennent des politiques
sécuritaires violentes et contraires aux droits humains, mais en tirent aussi profit. Ces institutions sont pourtant dotées de chartes d’investissements responsables qui prévoient la promotion des droits humains dans leurs portefeuille d’investissement. Trois personnes élues à Minneapolis se sont rendues à Genève le 20 avril 2026 sur invitation de BreakFree Suisse, afin d’appeler au désinvestissement des entreprises liées à l’ICE. La criminalisation des personnes étrangères et le renforcement des politiques anti-immigration se banalisent dans le monde mais aussi en Suisse. Or, Genève, capitale des droits humains, ne saurait être associée à de telles pratiques, ni ici, ni ailleurs.
Considérant :
- la résolution adoptée par le Conseil municipal de la ville de Minneapolis le 26 mars 2026, demandant aux organismes financiers européens de stopper leurs investissements en faveur des sous-traitants du DHS et de la police de l’immigration ICE;
- les violations graves et répétées des droits humains par l’administration Trump, et en particulier par le DHS et ICE;
- l’appui important de sociétés privées dans la mise en œuvre de la politique anti-immigration étasunienne, en particulier Palantir, AT&T, Geo Group, CoreCivic et CACI International;
- les investissements effectués par des institutions financières suisses, notamment la BNS et UBS, auprès de ces sociétés;
- que la Ville et le Canton de Genève sont actionnaires auprès de la BNS;
- que Genève est la capitale des droits humains,
le Conseil municipal déclare
- sa préoccupation face à la politique répressive exécutée par ICE;
- son appui à la résolution du Conseil municipal de Minneapolis demandant aux organismes financiers européens de stopper leurs investissements en faveur des sous-traitants du DHS et de la police de l’immigration ICE;
- son opposition au financement du DHS et de ICE par des institutions financières suisses;
- sa volonté de voir le Conseil administratif intervenir auprès:
- du Conseil d’Etat et du Conseil fédéral pour relayer et soutenir la
demande de désinvestissement de toute société participant à la politique anti-immigration déployée par le DHS et ICE; - de la BNS pour qu’elle désinvestisse de toute société participant à la politique anti-immigration déployée par le DHS et ICE.
- du Conseil d’Etat et du Conseil fédéral pour relayer et soutenir la