Ce week-end est un moment charnière pour la vie politique de la Ville de Genève. Le budget 2014 doit être voté alors qu’une courte majorité de droite menace de couper abruptement dans des prestations stabilisatrices pour l’économie et la cohésion sociale.

Il faut le répéter, la Ville de Genève est bien gérée et ses finances sont saines. Le budget connaît même un très léger surplus, alors que nous sommes dans un contexte de croissance de la population et que des investissements importants doivent être planifiés. Certes, même s’il a beaucoup diminué ces dernières années, l’endettement reste élevé, mais il n’a jamais été aussi bon marché ! De 61 millions de francs en 2007, les intérêts de la dette sont passés à 29 millions en 2012. En 2014, ils diminueront encore à 25,5 millions…

Il va de soi que les administrations doivent veiller à la bonne gestion des deniers publics. Sur le fonds, on peut aussi discuter de la pertinence de telle ou telle prestation en prenant en compte tous les éléments d’information à disposition, de manière concertée et réfléchie. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. La commission des finances, qui m’a auditionnée à trois reprises, a fait la sourde oreille aux explications détaillées qui lui ont été soumises. Certains conseillers municipaux prétendent même ne toujours pas comprendre à quoi servent les Unités d’Action Communautaire (UAC). La multiplicité de leurs actions et le fait qu’elles s’adaptent aux besoins spécifiques de chaque quartier peut rebuter le non-initié. Mais quand on ne sait pas, on s’informe ; le site de la Ville est là pour ça et le Département de la cohésion sociale et de la solidarité publie une riche documentation à disposition des élus.

En contraste avec d’autres collectivités publiques, en France notamment, la Ville de Genève veut maintenir un bon niveau d’engagement dans la cohésion sociale, et ce, pas seulement dans les secteurs les plus « difficiles ». Si certains quartiers demandent une attention particulière, la cohésion sociale ne peut se construire qu’en prenant en compte l’ensemble du tissu social.

Dans les faits, les UAC s’appuient sur des synergies et des réseaux pour agir comme des facilitateurs pour les habitants des quartiers. Pour ne donner que quelques exemples, elles viennent épauler les bénévoles pour organiser des repas et tenir compagnie à des personnes âgées isolées ; elles prêtent des salles de gym aux jeunes et des locaux pour des anniversaires et des fêtes de quartier; elles se relaient pour renseigner la population dans les Points info-services. Leur suppression pure et simple serait très dommageable pour l’équilibre social de notre Ville, d’autant plus dans une période difficile pour beaucoup de ménages et alors que la commune est la seule à pouvoir mettre en place ce genre de prestations.

Autre décision hautement contestable: comment tenir les engagements d’Aalborg, que la Ville a signés en 2010, sans l’Agenda 21 ? Un argument auquel les conseillères et conseillers municipaux devraient être sensibles, la disparition de ce service primordial pour mettre en œuvre le développement durable menace 10% de l’économie sociale et solidaire (ESS)[1]. Cela représente 3’000 emplois perdus à Genève ; des emplois qui soutiennent une économie locale respectueuse de l’humain et de l’environnement.

Malheureusement, les coupes budgétaires menacent aussi d’autres prestations dont il serait extrêmement difficile de se séparer. Comment expliquer aux parents que, désormais, les préaux ne pourraient plus être nettoyés le week-end ? Que les restaurants scolaires devraient revoir leur menu à la baisse ? Ou encore que les patinoires des Bastions et des Charmilles devraient fermer alors qu’elles connaissent un grand succès populaire?

À long terme, ces coupes pourraient bien coûter à la Ville beaucoup plus cher que les maigres économies réalisées. Rares sont les communes urbaines suisses à pouvoir présenter un budget équilibré cette année. Il faut espérer que le Conseil municipal reviendra sur les propositions malheureuses de la commission des finances. Rien n’est acquis, mais je compte sur vous pour soutenir nos élus !

Décidément Verte,

Esther Adler

Conseillère administrative Ville de Genève


[1]Selon Marc Bieler, de la chambre de l’économie sociale et solidaire, APRÈS-GE, dans l’article « L’impact néfaste des coupes budgétaires » de l’AGEFI du 10.12.2013.