Par Charlotte Nicoulaz et Denis Ruysschaert

Ce samedi 12 décembre, la Ville de Genève a adopté son budget. Premier de la législature, il pose les bases des changements à la fois pragmatiques et radicaux à opérer pour les cinq prochaines années pour aller vers la transition écologique. La répartition de ses 1,2 milliards de francs assure les prestations publiques et renforce le tissu associatif, culturel, sportif qui forment un réseau de soutien structurel nécessaire pour appuyer la politique publique.

Ce budget s’est négocié dans une situation financière très difficile liée au Coronavirus et à la réforme fiscale des entreprises. Combinées, ils ont plombé les finances de près de 50 millions. La Ville a répondu aux demandes de dernières minutes en dégageant des fonds supplémentaires (700’000 CHF) en se mettant sur son « 31 », c’est-à-dire en coupant dans sa propre ligne de fonctionnement.

Les Vert.e.s ont joué un rôle déterminant dans l’approbation du budget, présidant la Commission des Finances au Conseil Municipal et gérant le Département des Finances à l’Exécutif de la Ville, et négocié le budget tout en gardant leurs prérogatives Vert.e.s.

Son approbation a constitué un ultra marathon de 14h, ponctué de près de 40 amendements dans une ambiance conviviale et constructive. Une très large majorité l’a voté :  3/4 des conseiller.ère.s municipaux.ales et 5 partis (EaG, MCG, PDC, PS, Vert.e.s), la marque verte d’une volonté d’entrer dans une ère constructive, d’écoute, de respect et d’une vision partagée en vue d’améliorer le bien-être pour la population genevoise.  Même le PLR fut subjugué par cette approche : l’une de leurs membres influents n’a pu s’empêcher de voter pour le budget alors que la cheffe de rang s’époumonait dans le vide, un moment intersidéral.

Chaque volet du budget nous parait satisfaisant. Il renforce chaque département et il assure une meilleure coopération transversale entre eux. Plus encore, il permet d’avancer sur quatre points cardinaux de notre agenda : la transition écologique, la cohésion sociale, la diversité culturelle et l’urgence sociale :

  1. Au niveau de la transition écologique, la Ville se donne enfin les moyens d’une stratégie pour réduire de 60% les gaz à effet de serre d’ici 2030. Elle augmentera de 50 millions de francs ses investissements dans les infrastructures pour arriver à 180 millions CHF au total. C’est une aberration que nous ne l’ayons pas fait avant. Cette action réduit aussi la facture économique et améliore le bien-être des locataires. La mobilité douce, des habitudes de vie saine et l’amélioration de notre santé se retrouvent renforcées. Nous saluons le soutien à Provélo, au Pavillon Caya pour la réparation des vélos et à l’abonnement TPG Genève jeunes. La végétalisation et l’arborisation devient possible avec l’objectif d’atteindre 30% d’ici 2030, pas uniquement dans les parcs mais aussi sur les places, les ronds-points, les rues. Cette arborisation couvre un objectif climatique, de biodiversité et de bien-être des habitant.e.s.
  2. La cohésion sociale se retrouve renforcée en travaillant plus sur la prévention que la répression. Le soutien à notre jeunesse, qui constitue à la fois notre avenir et l’essence même de notre action, est améliorée. Le budget permet d’ouvrir de nouvelles crèches, de donner une allocation de rentrée scolaire sans distinction de statuts, de développer la médiation sociale de nuit pour créer un lien de confiance avec les jeunes. Il constitue une approche préventive, active et optimiste du futur. Nous saluons aussi la prévention des inégalités et des marginalisations. Le budget renforce les luttes contre toutes les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, LGBTIQ+, le racisme antinoir, l’islamophobie, antisémites. Il soutient l’Aspasie, la faitière des travailleurs et travailleuses du sexe. Le sport est un vecteur d’intégration sociale dès le plus jeune âge avec un bénéfice avéré sur la santé physique et mentale. Nous apprécions l’augmentation des prestations, notamment pour les seniors, les jeunes et les femmes. Nous saluons particulièrement le soutien au rugby féminin comme force symbolique des changements à opérer.
  3. La diversité culturelle se trouve reconnue. Elle nous propose un autre monde, une nécessaire autre manière de voir et de penser. Nous sommes heureux.ses du soutien renforcé à la diversité musicale, c’est-à-dire à la fois aux Musiques actuelle et à la musique classique. Nous saluons l’effort particulier pour les intermittent.e.s du spectacle, les arts visuels et la musique actuelle qui ont un statut mal défini. Empêché.e.s de travailler par le Canton et la Confédération à cause du Coronavirus, ces artistes se sont les exclu.e.s de la crise. Le fonctionnement même de nos institutions les a fait plonger dans la précarité. Nous soutenons un budget qui pourrait améliorer leur propre statut.

En conclusion, ce budget nous donne les moyens d’action, il jette les bases d’une transition écologique. Il nous offre la stabilité et la cohésion nécessaire pour préparer les temps turbulents, ainsi que pour construire ensemble ce futur écologiquement responsable, culturellement divers et socialement solidaire. Il nous donne aussi un élan pour construire des solutions constructives, dans un climat apaisé, respectueux.

Pour autant, la Ville n’est qu’une partie de l’équation, et de nombreuses décisions qui affectent les habitant.e.s sont du ressort du Canton et de la Confédération. Il conviendrait donc que chaque parti qui soutient avec force le tissu socio-économique local sur Genève, le fasse aussi au niveau du Canton et de la Confédération. A ce titre, les Vert.e.s affichent une cohérence à chaque étage, ce qui n’est pas exactement vrai pour nombre d’autres partis, en particulier ceux-là même qui dirigent la Confédération.